Un nouveau livre fascinante a  Gallimard: Chevreuse de Patrick Modianio

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Cronique

Je pourrais dire que mon influence vient des vitrines de la librairie Gallimard, à Paris.

Il y a ici les plus beaux cadeaux, les bijoux du moi, que je suis fasciné de regarder et d’acheter. Les stands, ces étagères pleines des livres sont mystérieux pour moi. Les couvertures uniques, beige-rose avec leur bordure simple qui augmentent leur appartenance à l’art, les font ressembler à de petits tableaux rares. Je suis fasciné par leur couleur, leur fraîcheur, leur brillance, leur valeur, leur magnétisme. C’est le signe de la divinité exaltée dans un petite créateur de lettres, qui se retruve en face d’une citadelle de mots et d’idées, d’innombrables fois. Aujourd’hui est paru un livre que peut-être, inconsciemment, j’attendais : Chevreuse, de Patrick Modiano. L’auteur français, 100% parisien, m’attire par son univers littéraire intuitionniste, existentialiste, proustien, parisien et m’influence par sa force de l’écriture, par l’arte  réussite, grâce à un travail de création titanesque.

Évidemment, bien sûr, j’achèterai le livre dans quelques jours, quand je serai à Paris. Je ne suis qu’une humble lectrice qui projette ses rêves, sa mémoire incandescente, sur le portail ineffable de l’écriture. La mémoire involontaire est quelque chose qui m’émeut, me perturbe dans les nuits étoilées ou orageuses, me réveille puis me pousse vers mon cahier rouge avec l’intention d’écrire ce que je vois, m’impressionne et est durable, pour garder l’ineffable. D’ici là, je lis l’interview de l’auteur avec l’éditeur Gallimard et les médias.

„Lieux, noms, époques… Mémoire et rêves entrent dans cette histoire, où naît la vocation d’écrivain du désormais familier Jean Bosmans. Histoire du climat, histoire d’apprentissage, Chevreuse est aussi l’histoire d’une vocation d’écrivain”, dit Nathalie Crom, en Télérama.

“Peut-être Modiano n’a-t-il jamais été aussi proche de Proust : pas pour les formes, mais dans cette manière particulière de se raconter – de retrouver – son temps perdu. Chevreuse est un livre de retrouvailles: celles que l’on vit presque toujours en lisant Modiano, qui ne cesse de répandre les traces de ses travaux passés et nous donne cette étrange sensation, au final, de renouer avec un monde sur lequel on ne sait exactement si nous l’avons vécu ou si nous en avons rêvé, comme dit et Fabrice Gabriel en Le monde des livres.

Le prix Nobel de littérature est la distinction qui couronne sa création en 2014, l’écrivain nous propose aujourd’hui un thriller mental enveloppé de sa musique personnelle, dans un nouveau roman labyrinthique, dans lequel des personnages féminins ouvrent la voie, comme  suggèrent presque les journalists Gilles Chenaille, Marie Claire.

Le style de Modiano se composait d’une multitude de voix qui évoquent la mémoire d’un enfant perdu dans le monde adulte, qui appréhende différemment les dimensions des lieux, l’espace dans lequel il vit, et qui se change quand il quitte ces lieux et espaces, ses mots sont ceux de l’incertitude, cet auteur n’a pas d’égal pour envelopper les histoires qu’il raconte. Toute l’entreprise romantique de l’auteur est une machine à remonter le temps, comme commente et Étienne de Montety, dans Le Figaro Littéraire.

Patrick Modiano est-il donc un auteur humaniste ? Idéaliste? Intellectuel ? Existentialiste? Proustien ? Ses romans, ses écrits créent-ils un modèle d’analyse subtile et d’intellectualisation de l’œuvre d’art, comme le fait Marcel Proust? Son personnage principal se révèle-t-il dans son rapport au temps, illustrant par la confession épique la conception du temps et de son passage, les conceptions philosophiques et les théories scientifiques sur la vie, le rôle de l’écrivain, dans le monde?

Chevreuse,  le roman publié aujourd’hui, 7 octobre 2021, Collection Blanche, Gallimard, Parution : 07-10-2021, 176 pages, 140 x 205 mm, Achevé d’imprimer : 01-09-2021, Genre : Romans et récits Catégorie > Sous-catégorie : Littérature française > Romans et récits
Époque : XXe-XXIe siècle, nous parle du flux de la vie, de la mémoire et de l’oubli. «Chez Modiano, il y a toujours l’effet stimulant des fantômes et des énigmes du passé, pour mieux les mettre en boîte, les mettre sur papier, de préférence en désordre. Tout d’abord, un jeu de situation et de protagonistes se crée, le narrateur tente de gagner la main du temps et de repousser les ombres menaçantes qui ont surgi du passé. On est pris dans cette délicieuse spirale, qui joue sur plusieurs dimensions, comme le suggère Frédérique Roussel dans son commentaire sur Élibération.

Dès le premier fragment du livre, les mots, enveloppés d’incertitude, brillent et magnétisent : Bosmans s’est souvenu d’un mot, Chevreuse, revenant à la conversation. Et cet automne-là, une pièce passait souvent à la radio, interprétée par un certain Serge Latour. Il l’avait entendue dans le petit restaurant vietnamien désert, un soir qu’il était en compagnie de la soi-disant «Tête de mort». Chère dame, je rêve souvent de vous…”

 

Et le texte de la couverture IV est délicieusement suggestif : «Pour la première fois depuis quinze ans, le nom de cette femme lui occupait l’esprit, et ce nom entraînerait à sa suite, certainement, le souvenir d’autres personnes qu’il avait vues autour d’elle, dans la maison de la rue du Docteur-Kurzenne. Jusque-là, sa mémoire concernant ces personnes avait traversé une longue période d’hibernation, mais voilà, c’était fini, les fantômes ne craignaient pas de réapparaître au grand jour. Qui sait ? Dans les années suivantes, ils se rappelleraient encore à son bon souvenir, à la manière des maîtres chanteurs. Et, ne pouvant revivre le passé pour le corriger, le meilleur moyen de les rendre définitivement inoffensifs et de les tenir à distance, ce serait de les métamorphoser en personnages de roman.»

Je feuillete les pages, les 19 pages de la présentation du livre, sur le site. A la page 19 je trouve le passage qui décrit la différence entre le lieu que le personnage connaît dans sa jeunesse et celui qu’il retrouve réellement aujourd’hui, différent de ce qu’il était alors, différent de la façon dont il se souvient de lui, avec des lieux manquants, qui n’existe plus, avec des espaces vides, avec des trous dans mémoire : Si la carte officielle contredisait la mémoire du lieu, c’est sans doute qu’il fit plusieurs visites dans la région à différents moments de sa vie et que le temps passa. Il venait raccourcir les distances. C’est pourquoi cette maison avait toujours été pour lui un poste frontière, la rue du Docteur-Kurzenne marquant la lisière d’un domaine ou plutôt d’une principauté de forêts, d’étangs, de forêts, de parcs, appelée : Chevreuse . Il a essayé de rassembler une sorte de carte de sa mémoire, à sa manière, mais avec des trous, des espaces ouverts, des villages et des routes secondaires qui n’existaient plus. Ses voyages sont lentement revenus. L’un d’eux, en particulier, semblait assez précis. Un trajet en voiture, au départ d’un appartement près de Poarta d’Auteuil.

Je découvre l’essence du roman en lisant, en approfondissement l’entretien que l’auteur donne à l’éditeur. L’entretien se compose de sept questions. Les réponses sont courtes et éclairent et fragmentent certains moments du sujet du livre. L’auteur commence le livre avec une devise, ou une citation, un extrait de Rainer Maria Rilke sur le thème de la décoloration de la mémoire. A la question : Pourquoi ce choix, alors que le roman met en scène le souvenir qui revient ? L’écrivain explique que dans ce poème, Rilke raconte comment un enfant se sentait au contact des adultes, sans bien comprendre, à ce moment-là, ce qui se passait autour de lui. Bosmans, le personnage de son roman, a la même difficulté à effacer les souvenirs d’une certaine période de sa vie qui réapparaît à la surface. Bosmans, la narratrice, évolue dans un environnement ambigu où l’on « sonne la cloche », où les présences féminines sont à la fois protectrices et menaçantes. Est-ce la victime d’un coup mais aussi de sa propre imagination qui change la réalité ?

Bosmans, le narrateur, évolue dans un milieu ambigu où les gens « sonnent faux », où les présences féminines sont à la fois protectrices et menaçantes. Il est victime d’un coup monté, mais aussi  de sa propre imagination qui altère la réalité . Peut-être les deux à la fois. Le hasard a fait que, quinze ans après, Bosmans se soit trouvé en présence de personnes troubles qui étaient au courant de certains détails insolites de son enfance. Et à partir de là, va se jouer entre eux et lui un jeu du chat et de la souris. On peut aussi bien penser que ces gens ne sont que des fantômes qui lui permettent de faire resurgir ses souvenirs, mais attisent aussi son imagination.

 

À la fin, rien ne s’explique tout à fait. L’auteur afirme qu’une part de notre propre vie nous restera à jamais inconnue . L’enfance est souvent une période de notre vie qui nous restera en partie inconnue, et même énigmatique. Modiano évoque  comme remarque l’editeur , l’alternance jour-nuit qui semble faire d’un même lieu deux lieux différents. Il s’agit-de l’opposition classique rêve-réalité. Bosmans se rappelle une période de sa jeunesse où il marchait dans une lumière qui donnait aux personnes et aux rues une très vive phosphorescence. Cette lumière est sans doute celle de son imagination. Ces personnes et ces rues auraient peut-être semblé d’une grande banalité à quelqu’un d’autre que lui.

 

A la question si ce roman a une dimension topographique, Modiano explique qu’en effet, Bosmans évoque une carte d’état-major avec des trous, des blancs, des villages et des petites routes qui n’existent plus et que il crois que nous portons tous en nous la carte d’une province secrète que nous avons oubliée.

Existe une question interesante qui l’editeur adresse a l’auteur: “Les montres sont très présentes ici, en particulier une certaine montre à multiples cadrans dont les aiguilles peuvent tourner à l’envers, quel rapport entretenez-vous avec ces instruments?” L’ecrivain Patrick Modiano reponde : “La montre à multiples cadrans est un souvenir très précis de mon enfance. Comme dans le roman, son propriétaire me la prêtait souvent pour que je la mette à mon poignet.”

 

Au final, la question de l’éditeur est très intéressante pour une compréhension profonde du style du nouveau roman de Modiano : « la prose et la poésie ne sont pas faites simplement de mots, mais surtout de silences. Serait-ce la clé de votre style ? » Et Modiano répond de manière convaincante, confiant dans sa technique, professionnellement : « Les corrections que j’apporte à un manuscrit ne sont jamais des ajouts, mais toujours des suppressions, et cela crée ce qu’on pourrait appeler des trous de silence.

Elena Adriana Dobrinoiu – Entrepreuneur, ecrivain

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